Matera: capitale européenne de la culture

Matera, capitale européenne de la culture, ça fait grand bruit. D’ailleurs, pouvez-vous me donner le nom de l’autre capitale européenne de la culture en 2019 (oui, il y en a 2)? Et bien non. Pour info, c’est Plovdiv en Bulgarie, et cette ville mériterait certainement plus que deux lignes sur ce blog, mais quand on a une ligne éditoriale, on doit s’y tenir: ici, on parle d’Italie. De plus, l’enjeu est de taille: Matera est la première ville d’Italie du Sud à obtenir ce titre.

Tous les articles (ou presque) traitant de Matera 2019 n’ont qu’une phrase à la bouche: « Après avoir été la honte de l’Italie, Matera devient sa fierté ». En effet, si vous avez lu mes précédents articles, vous aurez compris que Matera fut, il y a seulement quelques décennies, évacuée et désertée car la pauvreté et l’insalubrité l’avaient rongée.

Ce titre, c’est en quelque sorte une revanche sur le passé, c’est la possibilité de faire sortir définitivement Matera de l’oubli. Durant un an, la ville accueillera de nombreux événements (expos, spectacles et autres manifestations) d’envergure internationale. Un million de visiteurs sont attendus en 2019 dans cette ville de 60.000 habitants qui a déjà vu son tourisme grimper en flèche ces dernières années (hausse de 170% entre 2010 et 2017, semblerait-il). Aujourd’hui, 40% de l’économie de la ville repose sur le tourisme.

A première vue, la situation parait idyllique et Matera 2019 semble venir ponctuer ce boum touristique. Néanmoins, la situation n’est pas si simple. Si les avantages sont nombreux, les inconvénients le sont tout autant.

Les avantages

En effet, cet événement apporte une grande visibilité et amène des visiteurs qui n’auraient pas fait le chemin autrement. Matera est éloignée des grands axes, n’est pas périphérique d’une ville de renommée internationale ou encore, ne profite pas du bord de mer. Pour y arriver, il faut s’enfoncer dans le pays, emprunter les routes nationales, décider de pénétrer une Italie plus préservée, pittoresque et authentique. Certains de ces visiteurs adhéreront et décideront de rester un peu ou de revenir. D’autres pas.

Les inconvénients

La plus grande crainte, c’est celle-là: générer un tourisme éphémère, où on s’arrête un jour, on visite la ville au pas de course et on repart ensuite vers les Pouilles (et leur bord de mer) avec son parfait cliché Instagram en poche. Une autre dérive réside dans la transformation du quartier historique des sassi en maison d’hôtes, boutique hotels et autres commerces destinés au tourisme. Lorsque j’y étais en septembre, il était difficile de prendre une photo sans grue ou échafaudage.

Le maire de la ville et ses habitants craignent que Matera se transforment en une nouvelle Venise ou une nouvelle Florence. Celui-ci dit que Matera est une ville à voir mais surtout à comprendre (Matera est considérée comme la 3e ville la plus ancienne du monde et, vous l’aurez lu, son histoire est complexe) et que pour comprendre, justement, il faut prendre son temps. « Matera n’a pas besoin d’un tourisme errant inconscient des lieux, de l’histoire et des traditions » a-t-il déclaré lors d’une des nombreuses interviews de ces dernières semaines.

En périphérie de la ville, la cripta del peccato originale abrite des fresque datées du VIIIe siècle admirablement conservées.
Matera est entourée de centaines d’églises rupestres

Les alternatives

Le challenge est grand: réussir la transition d’un tourisme de masse (en devenir) vers un tourisme de qualité. Comment? Ma réponse à moi, c’est de privilégier la lenteur -en réservant plus d’une nuit ou deux à Matera-, de bien choisir son logement et d’essayer de faire profiter à la communauté locale. Enfin et surtout, je vous propose de faire le pari de découvrir la Basilicate, qui a beaucoup d’autres atouts dans son sac. D’ailleurs, je vous en reparlerai bientôt.

Et puis, peut-être vous est-il également possible de faire acte de patience et de vous rendre à Matera en 2020, 2021 ou plus tard… Montrez lui que vous pouvez l’attendre et c’est promis, Matera vous attendra.

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