Les Dolomiti Lucane: la montagne au centre de la Basilicate

A peine remise de la découverte de Craco, le lendemain matin, je reprends en route. Cette fois, le chemin depuis Matera est un peu plus long (entre 80 et 100km selon l’itinéraire emprunté), avec la promesse de nouvelles surprises. Je commence ma journée par un arrêt à Campomaggiore Vecchio, poursuis ensuite jusqu’à Castelmezzano et termine par Pietrapertosa. Je suis dans les Dolomiti Lucane.

Première étape: Campomaggiore Vecchio

Sur les conseils de Giulia, la fille d’Anne et Pino, je me rends à Campomaggiore et me mets à la recherche de Campomaggiore Vecchio et plus particulièrement de ses ruderi (ruines en français). Après quelques « tours gratuits » dans la campagne environnant la commune, je finis par trouver le site. En préparant ma visite, j’avais cherché des infos pratiques, telles que les heures d’ouverture, de visite (guidée ou non), n’avais rien trouvé et étais partie en mode « advienne que pourra ». Lorsque j’arrive, le site est fermé, mais un ouvrier entretient le jardin et une petite barrière est entrouverte. Après réflexion, je pénètre sur le site. Que pourrait-il m’arriver de plus que d’être priée de sortir?

Je passe alors près d’une heure à me balader entres les ruines de ce qui semble être un petit village, surnommé Citta’ dell’utopia (je l’apprends ensuite).
Nous sommes ici dans le même cas de figure qu’à Craco: le site a été abandonné pour des raisons de sécurité, à cause de glissements de terrains. Par contre, il n’a pas été déserté il y a 50 ans, mais bien il y a deux siècles, d’où son état de délabrement bien plus avancé. On devine néanmoins une église, un palais, un moulin, des maisons ainsi qu’un jardin botanique public que la commune essaie aujourd’hui de perpétrer. Un projet prévoit la réhabilitation du site depuis 2016. Lors de ma visite, les travaux étaient en cours, c’est pour cela, j’imagine, que le lieu était fermé au public.

Pourquoi la Citta’ dell’utopia?

Car la famille Rendina, qui se vit attribuer ces terres au 18e siècle, a souhaité fonder la « ville idéale », avec un nombre maximum d’habitants (1600) pour qu’il y fasse bon vivre et dans laquelle chacun avait sa maison et un lopin de terre pour cultiver des oliviers et des vignes. Un architecte conçut les plans de Campomaggiore, divisant le territoire en une sorte d’échiquier au coeur duquel s’érigeaient l’église et le palais.

Deuxième étape: Castelmezzano

Je reprends ensuite la route pour une petite trentaine de minutes (les routes sont sinueuses par ici) et arrive à Castelmezzano. Je suis en plein coeur des Dolomiti Lucane et j’ai le souffle coupé. Laissons les images parler d’elles-mêmes car je ne sais même pas vraiment décrire ce que je vois…

Alors, si ça peut vous rassurer, ici, il y a de la vie, fini les villages abandonnés, fantômes… j’ose rarement prendre des photos des gens (pudeur oblige), mais les nonna sont sur le seuil de leurs maisons et discutent ou arrosent les fleurs, les hommes sont à la terrasse du café et jouent aux cartes (ok, ici, on n’évite pas les bons vieux clichés). Je traverse le village, enchantée par ce que je vois et grimpe dans les rochers pour prendre de la hauteur. De la haut, j’ai une splendide vue sur les montagnes, la vallée environnante et juste en face de moi se trouve le village de Pietrapertosa. En voiture, il faut environ 30minutes pour rejoindre ce village qui se trouve en réalité à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau.

Et en parlant de vol d’oiseau… des petits malins ont eu l’idée brillante d’installer une sorte de tyrolienne entre les deux villages, qui du coup, se rejoignent en une poignée de minutes. Cette attraction touristique (parce que non, la nonna ne va pas rendre visite à sa copine dans le village d’en face en tyrolienne) s’appelle Il volo dell’angelo (le vol de l’ange) et peut se faire seul (30euro le vol) ou en couple (55euro le vol pour 2 personnes), à partir de Castelmezzano ou de Pietrapertosa, au choix. Non, je n’ai pas testé ce vol de l’ange, c’était fermé ce jour-là (ce qui est, bien sûr, l’unique raison pour laquelle je n’ai pas sauté dans cette attraction, mon vertige légendaire n’étant absolument pas en cause).

Troisième étape: Pietrapertosa

Une fois arrivée de l’autre côté de la vallée, je suis tout de suite moins enthousiasmée par la vie du village pour la bonne et simple raison qu’il est 13h30 et que tout le monde est à la maison pour le déjeuner et la sieste. En parlant de déjeuner, je commence à avoir sérieusement faim. Je fais le tour de Pietrapertosa et finis par trouver le seul resto ouvert en semaine au mois de septembre, Le Rocce. J’en profite pour commander la spécialité de la région: des casarecce fatte a mano aux pepperoni cruschi. Le peperone crusco est un poivron typique de la Basilicate, rouge, doux et qui se consomme séché et croustillant. Le plat est excellent, mais je contrarie la patronne en ajoutant du parmesan par dessus. « Ce n’est pas ainsi que ça ce mange », me dit-elle. Mais c’est comme ça que ça me plait!

Pietrapertosa
Vue sur Castelmezzano depuis Pietrapertosa
Casarecce con peporoni cruschi

Pour en revenir aux Dolomiti Lucane, elles portent ce nom en raison des similitudes entre cette chaîne de montagne et sa voisine du Nord. Même si elles sont beaucoup moins impressionnantes que les Dolomites (le sommet le plus haut, le Monte Caperrino, culmine à 1455m contre 3343m pour la Marmolada dans le nord du pays), cela vaut néanmoins totalement la peine de programmer un petit road trip d’une journée à travers ses pics. Et pour les fanas de sport et de sensations fortes, il n’y a pas que le vol de l’ange: une via ferrata a également été inaugurée en 2015. Je vous l’avais dit, la Basilicate est décidément pleine de surprises.

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