Dans le village fantôme de Craco

Lors de mon séjour en Basilicate, Cosimo, mon hôte, m’indique les incontournables de la région, où pourtant, peu de personnes prennent la peine de s’aventurer. Le plus incontournable de ses incontournables, c’est Craco, et je ne pense pas le contredire. Craco est un petit bourg médiéval situé à une cinquantaine de km de Matera. Sa spécificité, c’est qu’il a été déserté puis abandonné dans les années 70, suite à une série d’éboulements qui commencèrent en 1963 et qui détruisirent peu à peu le village.

Cosimo me conseille de prendre rendez-vous pour une visite guidée, sans quoi, il ne me sera pas possible d’entrer dans le village, dont les accès sont fermés au public. J’arrive à Craco un matin, 15 minutes avant le début de la visite et je pense que je vais bénéficier d’une visite guidée privée car il n’y a pas un chat. Je m’en réjouis. C’est sans compter sur les 30 personnes qui commencent à arriver au compte-goutte 10 minutes après l’heure prévue. Evidemment, ce sont tous des Italiens. Après 3 mois à voyager dans le pays, je n’ai toujours pas abandonné ma ponctualité pour la version détendue des autochtones…

Une visite en toute sécurité

Une fois tout ce beau petit monde réuni, le guide nous remet des casques de chantier afin de pouvoir démarrer la visite en toute sécurité. Le port de ce casque est obligatoire, même si je suis convaincue que le site est parfaitement sécurisé et que nous sommes à l’abri d’un éboulement. Mais en Italie, la sicurezza, c’est la sicurezza, on ne rigole pas avec ce sujet! Fins prêts, nous pouvons enfin pénétrer dans le village. Le guide nous raconte l’histoire de Craco au détour des ruelles, des petites places, devant l’église ou encore devant le château.

Un peu d’histoire

Les premières traces de Craco remontent à l’époque préromaine, à partir du 8e siècle ACN. Le bourg a connu les conquêtes normande, souabe, mais aussi française avec Charles 1er d’Anjou. Au Moyen âge, sa position au sommet d’un rocher, à 400m d’altitude est un énorme atout pour sa protection et sa défense. Au fil des siècles, cet énorme avantage deviendra son plus grand désavantage: Craco est totalement exposé aux intempéries et catastrophes géologiques. Les tremblements de terre et autres glissements de terrain auront bientôt raison de lui. Dès 1963, on constate une série d’éboulements, qui oblige à évacuer la population, petit à petit. C’est en 1975 que le village est déclaré abandonné ou fantôme, comme beaucoup aiment l’appeler aujourd’hui. Un village autour du village a été reconstruit, « Craco Peschiera », afin d’accueillir les villageois évacués.

Cette visite informative est intéressante, mais je me laisse directement emporter par la beauté et l’atmosphère des lieux. Non seulement, ce qu’il reste de ce village tombé en désuétude est magnifique, mais j’ai le souffle coupé par la vue. Depuis ce promontoire abandonné, c’est quelque chose de bien plus grand qui s’offre à nous: les calanchi lucani s’étendent à perte de vue. Ce paysage désolé, presque lunaire, monochrome, m’hypnotise. Je vous avoue que je n’en suis pas tout à fait revenue. Je visite l’Italie depuis 34 ans et je ne suis toujours pas au bout de mes surprises.

Comme dans les films

Pour ceux qui me suivent, le sentiment que j’éprouve à ce moment-là est de la même trempe que celui ressenti dans le Gran Sasso… d’où je ne suis jamais véritablement rentrée non plus. Les collines arides ressemblent à des dunes de sable, des canyons se creusent ici et là… on se croirait presque dans un western et en tout cas totalement dans un film. C’est d’ailleurs pour ça que de nombreux clips, pubs ou encore longs métrages ont été tournés à Craco, dont les deux plus connus sont « La passion du Christ » de Mel Gibson ou encore « Quantum of Solace », le 22e James Bond.

Si ce type d’événement supporte financièrement le village et la région, je ne saurais trop vous conseiller d’aller faire cette visite de Craco, pour votre plaisir mais également pour une bonne cause. Les recettes permettent de payer un guide régional, de conserver le village, de le sécuriser quand nécessaire et ainsi de maintenir un lieu de grand intérêt historique.

Infos pratiques

Rendez-vous à la médiathèque communale, située via Sant’Angelo et ouverte tous les jours de l’année (y compris les fériés) de 9h30 au coucher du soleil.

Prix de la visite:

10euro (environ 1h de visite)

15euro (environ 1h de visite + la visite du Monastère de San Pietro)

Les visites se font en italien ou en anglais.

+393382183892
serviziocracocard@cracomuseum.eu

http://www.cracomuseum.eu/

Cet article a 2 commentaires

  1. Très bel article Émilie qui ne fait que renforcer notre envie d’y retourner😉

    1. Merci Jérôme 😉

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