La vie à la ferme avec Giuseppe

Une fois ma seconde expérience Workaway en Italie terminée, je me suis demandée comme j’allais pouvoir vous la raconter. J’aurais pu l’aborder sous bien des angles. J’aurais pu vous parler de la vie en communauté (une première pour moi),  j’aurais pu vous parler des différentes tâches que j’accomplissais, j’aurais pu vous parler de yoga (à Pescosolido, on faisait beaucoup de yoga) ou encore de la vie à la ferme.

La partie de la propriété réservée aux clients
Les animaux (et le parc national des Abruzzes, du Latium et du Molise en toile de fond)

J’ai finalement décidé de vous la raconter telle que j’ai envie de la retenir : à travers ma rencontre avec Giuseppe.

Harmonie et auto-suffisance

Giuseppe a 72 ans, est palermitain d’origine et gère la partie « ferme » du projet de son fils, Antonello. Le projet, c’est une communauté yoga près de Sora, dans le Latium, construite autour d’une petite exploitation agricole et de quelques maisons retapées dans les villages environnants. L’objectif est de vivre en harmonie et en auto-suffisance.

L’auto-suffisance, on n’en est pas loin, mais concernant l’harmonie… il reste du boulot. Giuseppe et sa femme Maria ne se parlent plus, vivent leur vie chacun de leur côté, dans une aile différente de la maison. Et à bien y regarder, Giuseppe et son fils Antonello ne communiquent pas vraiment non plus.

Giuseppe, ses relations humaines, ses échanges, ses plaisirs, il les tire des rencontres avec les volontaires. Giuseppe, s’il est toujours dans ce petit village du Latium malgré sa situation familiale, c’est parce que cette vie le fait vibrer. Apprendre à connaître des personnes venues du monde entier, échanger, leur transmettre son savoir, ça le maintient en forme.

Une journée type avec Giuseppe

A 7h45, pendant que tu déjeunes, il est déjà en train de te tourner autour car il a hâte de partir au jardin. Mais il attend toujours poliment sans jamais bouder.

A 8h, on nourrit rapidement les animaux (poules, oies, canards, ânes, chevaux et moutons), puis on sélectionne des caisses et on descend au jardin. Le jardin est à une bonne dizaine de minutes de la propriété, en contrebas. Giuseppe a toujours quelque chose à raconter sur le trajet : il te parle de la cueillette des champignons ; te montre les figuiers et t’explique à quel moment ils porteront ; cherche les mûres sauvages pour te les faire goûter ; t’explique comment il faut disposer les légumes un peu trop faits pour les animaux qui passent la nuit au bois ; etc.

Une fois arrivés au jardin, Giuseppe décide de ce qui doit être cueilli ce jour. Courgettes blanches, aubergines, poivrons, piments, roquettes, salades de tous types, haricots verts, chicorées, fleurs de courgettes, légumes non identifiés (oui oui), etc. Les jours passent et ne se ressemblent pas. Et encore une fois, Giuseppe partage son expérience, ses anecdotes… on en apprend plus sur la culture des fruits et légumes et sur les saisons.

J’aimerais tellement partager avec vous l’atmosphère qui régnait dans le jardin tôt le matin. Cette odeur, cette rosée, ce calme…

Les caisses remplies, on entame la remontée piano piano. Hé oui, Giuseppe travaille en chantant, répète inlassablement piano piano (=doucement) et con comodo (=en prenant son temps). J’aime beaucoup la manière qu’a Giuseppe de travailler, à son rythme et en en faisant un plaisir. Peut-être est-ce ça le secret de la longévité ? En tout cas, ça me fait réfléchir.

De retour à la maison, on commence à nettoyer les légumes pour le repas de midi ainsi que celui du soir. Giuseppe communique en cuisine la récolte du jour et c’est là que les menus sont décidés. Deux cuisines cohabitent : celle de Maria et celle de Giuseppe. Car oui, Giuseppe cuisine également. C’est en réalité son premier métier, il était cuisinier pour l’armée. La légende dit qu’il cuisinait pour 2.000 hommes chaque jour, alors les 35 couverts (maximum) ici à la ferme, c’est easy game pour lui !

La dernière partie de la matinée varie chaque jour : on prépare de la passata (pour plusieurs mois), on apprend à faire des pâtes fraîches, on part cueillir des pommes dans le champ voisin, on prépare le mélange secret de son huile miraculeuse, on va jusqu’à la cantine pour embouteiller le vin et ainsi de suite.

L’art de la transmission

Giuseppe a un vrai talent pour transformer le travail en apprentissage et en plaisir. On ne voit pas le temps passer avec lui. Il a compris l’intérêt de varier les tâches et de valoriser les volontaires afin que le travail soit bien fait et avec coeur. Tous les volontaires vous le diront, Giuseppe est l’âme de ce lieu.

Le jeudi, c’est jour de marché et c’est aussi le seul jour off à la ferme. Giuseppe emmène les volontaires en ville et, avec un peu de chance, les guide jusqu’à la maison qui a vu naître Vittorio de Sica! Mon dernier jour tombait un jeudi, alors, avec Giuseppe, ce jeudi-là, nous avons fait la tournée des grands ducs (on a même été chez le coiffeur ensemble!).

Quand je suis partie, j’étais contente de prendre un peu de repos, de retrouver ma solitude, de recommencer à visiter et bien d’autre choses. Mais j’étais également triste de quitter Giuseppe et ce, pour 2 raisons:

  • j’ai appris beaucoup de cet homme et passer du temps avec lui était une vraie chance, Giuseppe rend la vie plus légère;
  • j’ai pris conscience que, même s’il prend beaucoup de plaisir à transmettre à des étrangers, il n’a malheureusement pas la possibilité de transmettre aux siens. Et c’est dommage, car il le mérite.

Cet article a 2 commentaires

  1. Quelle belle lecture .
    Félicitons

    1. Merci beaucoup 🙂

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