En 2014, nous avons décidé de partir dans les Pouilles à six, entre filles. On ne sait pas si c’est pour tout le monde pareil, mais pour nous, ça veut dire de très (très très) nombreux échanges de mails pour trouver LE logement idéal. Chacune y va de son avis et de ses desideratas, ça prend des plombes, mais c’est là aussi que commencent les vacances (enfin, pour nous !).

Au bout du 18957ème mails, nous trouvons la perle rare sur AirBnb : une superbe maison dans la réserve naturelle de Torre Guaceto, avec dépendance, 3 chambres, 2 salles de bain, déco Pinterest, douche extérieure, hamac et transat dans le jardin d’oliviers, vous voyez le genre.

Puis les vacances commencent pour de vrai et on débarque sur le sol italien. On se rend compte assez vite que loger dans une réserve naturelle, c’est cool, mais trouver la maison dans un labyrinthe de champs de patates, tout de suite, c’est un peu plus compliqué. Mais on s’en fout, on rit, on cherche, on trouve. La maison, même un peu in the middle of nowhere (un seul voisin sur 1km à la ronde), est à la hauteur de nos attentes. Roberto, notre hôte, est charmant : il nous accueille, nous fait visiter, nous offre du vin et des taralli, ça commence vraiment bien.

On s’installe, on tire les chambres à la courte paille, on finit le vin. Puis on décide de sortir manger un bout, sans trop réfléchir au fait qu’à notre retour, il fera très (très très) noir, et qu’on ne sait toujours pas se repérer au milieu des champs de patates. On mange super bien (au XFood, on vous en a déjà parlé) et la soirée est douce… Evidemment, en rentrant, on se perd. On rit beaucoup, on tourne encore plus, on finit par tomber sur un parking de plage, en pleine nuit, dont les tenanciers nous aident à retrouver le chemin. Ils hallucinent de voir l’endroit où on habite. Cette fois, on ne nous y prendra plus : on localise la maison avec le GPS.

Ceci dit, la réaction de nos nouveaux amis (« mais les filles, vous avez vraiment loué une villa ICI ? ») nous interpelle un peu. Ça, plus les barreaux aux fenêtres, le système de sécurité Guantanamo-style et les rondes des agents de gardiennage, ça met une drôle d’ambiance. Qui plus est, dans la nuit noire, au milieu des champs de patates.

Car ce qu’on ne vous a pas encore dit, c’est qu’à notre arrivée, Roberto a beaucoup insisté sur le fonctionnement de l’alarme et la nécessité de l’enclencher à chaque départ. Le premier soir, on la gère bien, mais le deuxième soir quelque chose chipote… Tant pis, c’est les vacances, on part quand même et en rentrant du resto (on va beaucoup au resto nous, on est comme ça)… « euh, ya de la lumière dans la maison ? » « … ah, et on avait laissé la porte ouverte aussi ? »

Ah non tiens, en fait la porte est fracassée. Notre maison a été cambriolée.

cambriolage01

Dans nos six cervelles d’oiseaux, le retour à la réalité est un peu rude. On vous passe l’arrivée du voisin (le seul, l’unique), qui surgit des hautes herbes, armé de sa lampe frontale et d’une matraque, prêt à secourir les jeunes filles en détresse mais manquant surtout de nous coller un infar, les échanges entre celles qui essaient de réfléchir et celles qui flippent, les tentatives d’appel à la police (« attends, le 100 c’est quoi déjà ? ») …

Les agents de gardiennage débarquent (on comprend tout de suite mieux pourquoi toutes ces rondes), la police arrive, on constate les dégâts et les objets volés. Dans la maison c’est Beyrouth : verre cassé, valises éparpillées, frigo pillé. Il fait toujours aussi noir, on est toujours au milieu des champs de patates, mais ça nous fait un peu moins rigoler. Un des gardiens le comprend, il nous dit que ce ne sont pas des voleurs « dangereux », qu’il y a peu de chance qu’ils reviennent, nous explique comment le joindre en cas d’urgence et nous promet de passer régulièrement près de la maison. La nuit est très courte, un peu éprouvante.

Le lendemain, on se dit qu’il en faudra plus pour nous ruiner les vacances. On fait deux teams : la première range et nettoie (nos voleurs ne sont certes pas dangereux, mais pas particulièrement méticuleux non plus), la deuxième va au commissariat. Là, on comprend l’utilité de savoir parler italien : tout le monde a beau être gentil et de bonne volonté, sans ça on aurait quand même méchamment galéré. On comprend aussi mieux la remarque des gars du parking. Le voisin, les gardiens, les flics, tout le monde va nous la faire : « mais qu’est-ce que six filles seules sont venues faire ici ? » (on nous demande aussi systématiquement « mais où sont vos maris ? », mais ça c’est une autre histoire).

Il s’avère que les vols sont courants dans le coin, les systèmes d’alarme sophistiqués ne sont malheureusement pas juste un signe extérieur de richesse. Voici donc notre conseil numéro 1 : quand vous réservez votre logement, c’est bien de vérifier que la déco vous plaît ou qu’il y a une piscine, mais la localisation compte tout autant. Nous étions dans un lieu vraiment reculé et pas hyper engageant… ce n’est pas forcément une raison pour l’éviter, mais mieux vaut savoir où on met les pieds.

Conseil numéro 2 : si vous allez dans un endroit que vous ne connaissez pas, renseignez-vous le plus possible et surtout écoutez les recommandations des locaux. Ce qui nous amène au conseil numéro 3 : si votre hôte insiste sur le fonctionnement du système d’alarme : soyez pas cons (comme nous), enclenchez-le. Notre choix de villégiature n’était peut-être pas des plus judicieux, mais il y a de fortes chances que rien ne serait arrivé si l’alarme avait été branchée. Nous avons pu le constater le soir du cambriolage : en cas d’alerte, les gardiens débarquent en trois minutes. Il faut bien l’avouer, on s’est comporté comme des grosses touristes, ce qui n’est jamais une très bonne idée, mais peut franchement poser problème dans une région justement moins touristique.

Conseil numéro 4 : ne comptez pas sur l’aide d’AirBnb. Nous avons eu de la chance : nous n’en avons pas eu besoin. Roberto a été très conciliant (puisque nous étions en tort), et nous nous en sommes tirées à bon compte, en remboursant seulement la porte fracturée. Ce n’est pas toujours le cas, et quand la situation se complique, la plateforme n’est pas d’un grand secours : les retours des utilisateurs ne sont pas très encourageants  et l’aide en ligne ne prévoit carrément rien sur le sujet. Si vous devez vraiment emporter des objets de valeurs, mieux vaut encore souscrire à une assurance voyageur.

Après, on vous rassure, c’est une histoire qui finit bien. Dès le lendemain, la lumière et l’atmosphère (et le vin) des Pouilles nous aident à nous remettre de nos émotions. On décide ne pas flipper et de terminer le séjour dans la maison. On devient des pros de l’utilisation du système d’alarme, aussi. Il se passe un truc assez cool entre nous, on se serre les coudes et chacune fait son maximum pour prendre sur elle et effacer la mauvaise nuit (conseil numéro 5 : faites-vous braquer entre potes, ça resserre les liens)(non, on déconne)(mais quand même). La maison reprend vite forme humaine, et le soir même on fait un barbecue au milieu de nos oliviers. Comme on aime bien les lieux communs, on se dit que « dans notre malheur, on a eu de la chance » et que finalement, on est bien, là dans le noir, au milieu des champs de patates.

Posted by:Emilie

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